Au ciel constellé de fin de soirée, hier, traversé de tant d'avions aux destinations ou provenance supposées faisant rêver le promeneur
tardif, une pluie tenace a succédé durant la nuit, qui persiste en ce début de matinée.
L'air est doux et ces gouttes qui mouillent le visage, sur le chemin qui vous mène par la rue hardie vers les vignes, ont quelque
chose de délicieux.
Montez encore, l'humidité fait sourdre le long du chemin de terre les odeurs de prairie riche de ses herbes déjà hautes, tandis
qu'une menthe sauvage et veloutée laisse exhaler son parfum.
Dans ce foisonnement de végétaux en pleine floraison s'aperçoit parfois le ton bleuté d'un pied de ciboulette sauvage dont on
cueille un brin, froissé entre deux doigts et dont on respire l'odeur appétissante, celle des brouillades...
Les chevaux de monsieur Hochet semblent indifférents au chien qui les nargue, broutant une herbe goûteuse et
humectée.
Les vignes sont belles, encore exemptes de la moindre trace de maladie sur ses feuilles, tout comme les rosiers en fleurs, qui
sont la vigie de ces rangs impeccables.
Il est temps, après cette brève incursion matinale dans une nature encore exonérée de toute présence humaine (quel plaisir que
d'entrer le premier dans ce jardin d'Eden villiérois...), de reprendre le chemin du retour, de quitter ses bottes pour des chaussures de ville et de s'engouffrer dans la vieille Citroën pour
prendre la route de Paris.
À l'heure du déjeuner, sur les boulevards embouteillés, l'image du chemin sur la colline, reviendra à l'esprit, comme un appel...
à la raison et au bonheur simple des prés.
par Michel AÊT
publié dans :
Carnets du quotidien
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