
Le vieux camion pompe tonne est encore là, visible à la sortie du village, lorsqu'on s'apprête à quitter VSD pour rejoindre
notre chef-lieu de canton, au fond d'une ancienne carrière dans laquelle il rouille, s'enherbe, voit les saisons s'abattre en pluies fines et pénétrantes, en trombes d'eau, en gelées, en neige,
en grêle, en chaleurs de plomb : il les reçoit stoïquement, impassible, sa calandre reconnaissable entre toutes, lui donne l'air de rire des avanies qu'il subit, lui qui connut tant de
soins naguère, bichonné par les sapeurs pompiers volontaires du village.
Fièrement, il porte encore la marque en lettres blanches qui fit la fierté des maires successifs qui le connurent en circulation, notre fourgon pompe tonne, et celle aussi des villiérois rassurés
de le savoir au village, à l'abri de son hangar, prêt à bondir hors de ses murs sous la conduite de nos soldats du feu locaux en cas d'incendie. On peut lire : "Sapeurs pompiers
- Villiers-Saint-Denis".
Il était soldat du feu lui-même, soldat mécanique, toujours démarrant au quart de tour, toujours solide au poste, toujours laissant entendre le bruit régulier de son moteur inusable, un
Berliet de la grande époque, tout droit sorti des usines lyonnaises de Marius Berliet (1), dont la réputation de patron à la fois intraitable sur la qualité et
paternaliste a fait la légende, ternie sur le tard par les accusations de collaboration économique.
Il a encore son gyrophare, sa plaque d'immatriculation en 02, les lettres B.E.R.L.I.E.T. qui sont là, intactes, incrustées à la
vie, à la mort, dans le métal rouge.
Bien des anciens ne le regardent qu'à la dérobée, ce vieux camion villiérois, tant il soulève en eux des souvenirs émouvants de drames du quotidien, de maisons ravagées par les flammes, de biens
et de souvenirs perdus à jamais dans les brasiers, du son de la sirène entendue du fond du village et dont l'intensité devient plus forte, au fur et à mesure qu'elle se rapproche du lieu du
sinistre...
...Ce pin-pon inoubliable, indélébile, pour qui, sur le seuil, attendait, rongé d'angoisse, l'arrivée du camion pompe.
Regardez bien la photo : de grandes traces d'humidité mêlée de rouille commencent à strier les portes. Ce sont les rides du grand âge qui commencent à l'atteindre, celles d'un vieillard qu'on
laisse mourir à petit feu, dehors.
Triste destin... Il faut sauver le soldat Berliet, qui fait partie intégrante, oui , intégrante du patrimoine historique villiérois.
A qui appartient-il maintenant ? Encore à la commune ? Au corps départemental des sapeurs-pompiers de l'Aisne, depuis que les pompiers ont été départementalisés ? A un particulier, auquel il
aurait été cédé ?
Sans doute la réponse nous sera-t-elle fournie ici, par celle ou celui qui détient l'information. Mais, en tout cas, les passionnés de mécanique que nous avons au village, les passionnés de
la lutte contre l'incendie, qui donnent de leur temps, sans compter, et tant d'autres, amoureux du village, de son histoire contemporaine, à laquelle appartient le vieux camion, m'ont compris et
vont répondre à mon appel : oui, il faut sauver le soldat BERLIET !!!
(1) Sur le destin de Marius BERLIET,on peut lire avec profit la notice biographique en cliquant ci-dessous mais aussi visiter le site Web de
la fondation marius BERLIET.
http://www.visseaux.org/berliet.htm
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