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Contes et légendes

Vendredi 15 septembre 2006


L'histoire de l'alousie est ancienne puisque les mentions les plus significatives de cet animal étrange figurent déjà dans la deuxième édition, datée de 1692, du " Bestiaire de Courtelot ", édité par Gagnon père et fils, maîtres imprimeurs à Château-Thierry et conservé dans une collection particulière identifiée par les Archives nationales et accessible, semble-t-il, aux chercheurs de l'institut de recherche et d'histoire des textes médiévaux du CNRS (http://www.irht.cnrs.fr/)

Le descriptif qui y est fait de l'animal est ainsi rédigé:


" D'amples proportions, le triturus alosianis monstruosus est de la taille d'un grand chien de bergers, son globe oculaire  ayant forme ovale, d'oeuf de poule estant en effet la taille d'iceluy.

La bête a parmi moults attributs une glotte difforme, d'un volume d'outre de porc, qui fait ouïr un cri dont ressemblance avec les pleurs d'une femme esbranlée de profond chagrin est establie.

Et en y a maints tesmoignages de ces faicts.

Sa production lacrymale donne au regard du Triturus alosianis monstruosus, autrement dénommé Alousie dans le pays briard, un aspect mouillé, de troublante et estrange ressemblance avec la figure d'un enfant courroucé et éploré ne réprimant point ses larmes.

D'où le surnom de triton pleureur donné à cette créature.

Le vieil prélat et voyageur italien Carlo Sampierri, de Bologne, féru de botanique et maître ès zoologie, écrit en quelque lieu avoir observé deux tritons géants dans le rû de Domptin, près du village de Bézu et aussi, près d'iceluy, dans le bois de Villiers, et descrit la bête dans son " Récit du second voyage d'un naturaliste dans le royaume très chrétien de France sous le règne de sa Majesté le Roy Louis le quatorzième ", en 1687.

Il écrit que la légende locale fait de l'alousie une beste adûlée dont les larmes et autres suppliques, audibles par jour de grans soleil et jusques à la nuit dans la région de Brie, intercèdent auprès de notre Seigneur Jésus-Christ en faveur de la protection des récoltes et contre dégasts de toutes natures.

Dugast de Saint-Mellie, dans son " Traité des causes inconnues " fait estat du retour à la vie d'une jeune fille, empoisonnée par rouges et toxiques baies forestières, incontinent regaillardie à l'ouïe du chant mélancolique du Triturus alosianis monstruosus en forest d'Ermenonville, le jour de la Saint-Louis de l'an de grâce 1523 ".

La dernière référence à l'animal a été faite par un disciple - au demeurant estimé et de réputation honorable - de l'entomologiste Jacques-Henri Fabre, le docteur François-Georges MARI-CHARLLE, lequel , dans un article des " Mélanges Dubost ", écrits et édités en 1966 en hommage à cet éminent médecin, affirma avoir fait l'observation, aux abords du grand rû à Domptin :

" d'un triton géant au ventre orangé, d'allure similaire au triturus alpestris mais de proportion plus grande, doté de deux curiosités anatomiques : l'inégale dimension de ses globes oculaires d'une part, le gauche étant de la taille d'un oeil de petit canidé et le droit quasiment invisible ainsi qu'une glotte hypertrophiée d'autre part."

La description donnée par le docteur Mari-Charlle ne fait cependant aucune mention du cri produit par l'animal.

Il conclut néanmoins en précisant avoir " recueilli dans les villages alentour des témoignages du respect de la population pour cet animal ainsi que de l'ire du clergé local pour le culte paien voué à ce triton géant considéré comme un être doué de pouvoirs magiques."

Par Michel Aêt
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Lundi 11 février 2008
Pierreluisante4.jpg
La pierre luisante,  saisie par le regard du photographe, un dimanche de février : posée là, en pleine forêt, elle dessine les formes d'un reptile - serpent ou tortue ? -, qui semble guetter, gueule ouverte, sa proie... La pierre est là, immuable, bloc minéral imposant et mystérieux, qui a suscité tant de légendes et de récits au fil des siècles, dont certains sont parvenus jusqu'à nous.

Quel enfant du village n'est pas venu toucher la pierre luisante, n'est pas venu admirer les  reflets scintillants de cet ensemble granitique (?), et n'a cru y déceler les traces de mille diamants d'un royaume oublié, dont les trésors incrustés, figés à jamais dans la roche, formeraient l'ultime vestige ?

Nous reviendrons ici, bientôt, sur ces légendes que nos ancêtres, à la veillée, contaient à Villiers-Saint-Denis, à l'heure où les yeux d'enfants commencent à se remplir d'étoiles aux reflets brillants, comme les diamants de la pierre luisante

"L'oeil est le prince du monde", a écrit Joseph Delteil...

Par Michel Aêt
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Lundi 18 février 2008

La pierre luisante fut, de temps immémoriaux, un lieu auquel s'attachèrent des légendes.  

Il est difficile aujourd'hui d'identifier celles qui ont été,  au fil des âges, les plus déformées ou  les plus enrichies d'ajouts issus de l'imagination  fantasmatique des conteurs briards, -ceux-ci se montrant friands des encorbellements qui donnent aux récits les plus sobres l'architecture intérieure de contes des mille et une nuits-, de celles où subsisteraient encore des indices, chers aux historiens et archéologues de la mémoire, de faits historiques ayant pu fonder leur construction. 

Fruits d'une tradition orale hélas rarement transcrite dans des recueils ou livres de contes tels qu'on peut parfois en découvrir sur les rayons les plus anciens de certaines bibliothèques des villes anciennes, il n'a pas été jusqu'à présent possible de découvrir beaucoup de légendes, dans les fonds existants où Villiers-Saint-Denis et ses habitants auraient pu, sous ses dénominations antérieures, avoir laissé des traces. 

Deux toutefois, il est vrai non négligeables par le rayonnement qui fut le leur et que nous ambitionnons ici de vivifier et de faire connaître, ont cependant été transcrites dans des écrits et sont parvenues jusqu'à nous. 

La première a été l'objet d'un article daté du 15 septembre 2006  sur ce site et porte sur l'existence, rapportée dans au moins 3 ouvrages connus et répertoriés, pour l'un d'entre eux au moins, dans la nomenclature d'une collection particulière accessible aux chercheurs de l'institut de recherche et d'histoire des textes médiévaux du CNRS, du triturianus alosianis monstruosus, ce triton géant à vision monoculaire dont le docteur François Georges MARI-CHARLLE, disciple  de l'entomologiste Jacques-Henri Fabre, dans un article des " Mélanges Dubost ", écrits et édités en 1966 en hommage à cet éminent médecin, a fourni une dernière description dans les années 60. 

La seconde a trait, justement, à la pierre luisante, dont la dénomination actuelle, précitée, n'est probablement pas hasardeuse et héritée d'un passé récent, mais plonge ses racines dans un très lointain passé. 

On en trouve en effet aisément trace dans un ouvrage intitulé "Petite bibliothèque à l'usage des  frères mineurs et observantins de stricte observance", édité en 1717 chez Montard à Paris, imprimeur-libraire de Monseigneur le Régent, où figure une mention de l'existence, "
à Vilers près Jouarre, d'une pierre géante, de constitution géologique mystérieuse,  en sa forêt ainsi posée qu'elle semble à certains auteurs dont Hyppolite Robert, géographe de monseigneur le prince de Condé, susceptible de porter temoignage d'une pluie de météorites abattue en plaine de Brie et certains coteaux de Marne dans le courant de la première décennie du huitième siècle de notre ère très chrétienne."

Cet ouvrage ajoute que cette chute de météorites est "mentionnée dans l'ouvrage intitulé "Concorde de la Géographie des différens âges, par l'Abbé Pluche, auteur du Spectacle de la Nature". 

Vérification faite par nos soins, cet ouvrage est effectivement présent à la Bibliothèque Nationale et se présente en un volume in-12, orné de petites cartes très bien faites pour l'époque, mais nulle mention n'y figure de cet épisode astral du haut moyen âge.

C'est là où semble apparaître la légende, dont l'origine ne peut être, en l'état actuel de nos connaissances, identifiée avant 1717.
 
Elle figure, relatée succinctement, dans un petit ouvrage manuscrit qui fut la possession d'une marquise de Beauvoir, dans le courant du XIXème siècle, puis fut volé à ses descendants. 

Du contenu de celui-ci n'est conservée dans une collection particulière qu'une longue lettre d'un des enfants de la marquise à sa  propre fille, dans laquelle on peut lire : "Cet opuscule que madame notre Mère aimait à ouvrir devant nous de temps en temps évoquait un rituel qui s'effectuait, depuis des siècles, à la saint Pierre et Paul, et consistait, pour un écclésiastique de haut rang, à asperger la dalle supérieure de la pierre d'une eau mélangée de sel et de cendres, tandis que les cavités inférieures étaient éclairées de bougies nombreuses entretenues par des femmes. 
Ce rituel se poursuivait par l'inscription de lettres d'alphabet grec et latin tracées en diagonale sur la dalle recouverte du mélange de cendre et de sel mouillé d'eau lustrale, tandis que deux clercs faisaient sept fois le tour de la pierre en l'aspergeant avec un bouquet d'hysope. 
La messe était dite ensuite sur la dalle, devant un parterre de nombreux fidèles des villages avoisinants ainsi que d'autres venant de contrées plus lointaines; la pierre luisante était ainsi considérée comme un lieu de culte depuis qu'un ermite y avait saintement vécu durant près de quinze années au VIIIème ou IXème, et avait observé que la pierre -lapis lucens- scintillait de nombreux et vifs éclats autour de la saint Paul, expression d'un message divin. La légende s'était progressivement construite alentour que cette pierre était une météorite ayant servi de véhicule à un ange   à l'occasion d'une descente sur terre, lors du rappel à Dieu d'une princesse de pays nordiques devenue abbesse à Jouarre, où elle avait pieusement vécu dans une dévotion exemplaire à notre Seigneur Jésus Christ".

Ce témoignage est passionnant et l'analyse qu'on peut en faire assez troublante, car le rite ainsi sommairement décrit par cette lettre évocatrice de souvenirs, sans doute imprécis, permet néanmoins d'identifier un rite chrétien des Origines, baptisé "l'Ordo de Vérone", et qui conduisait un évèque à pratiquer un rite d'aspersion sur un édifice nouvellement livré au culte (1). 

Ce rituel dit de l'ordo de Vérone a été longtemps pratiqué jusqu'à la fin du Moyen âge et peut-être, dans certaines régions, au-delà. Ainsi en fut-il peut-être ici, et la magie de ce rituel a laissé une empreinte dans la mémoire collective, véhiculée par les familles, jusqu'au milieu du XIXème siècle.
 
Il n'en reste désormais plus rien, sinon une pierre, toujours là, immuable, cachée au milieu des arbres, en forêt, où vont parfois jouer l'été quelques enfants, ignorant la double légende de l'ange chevauchant la pierre et du scintillement de celle-ci, autour de la Saint Paul, de mille éclats. Lapis lucens, la pierre luisante... 

Le promeneur observera la constitution de cette énorme bloc rocheux, effectivement composé de grains de quartz scintillants sous le soleil, ou lorsque le ciel offre une luminosité particulière, notamment certains ciels d'hiver, comme nous en avons récemment connus, d'un bleu limpide.

C'est à Villiers-Saint-Denis et nulle part ailleurs...

 


(1) Voir notamment à ce sujet le remarquable livre de L.DUCHENE, "Origines du culte chrétien", éditions Albert FONTEMOING, 1908
Par Michel AÊT
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Samedi 22 mars 2008

VSD le village commence ce jour la publication d'une longue nouvelle, écrite il y a déjà quelques décennies par un habitant du village qui nous en a confié le manuscrit, et qui relate l'histoire vraie, dont il a tiré ce petit roman, en y mêlant souvenirs et imagination, d'un garçon de ferme, un de ces journaliers qui vendaient, allant à pied de village en village, leurs bras et leur force de travail dans les fermes briardes jusque dans les années qui précédèrent la seconde guerre mondiale. "Léonce la pendule", personnage touchant, émouvant, éminemment sympathique, conteur épatant, qui tirait ses histoires d'on ne sait quelle source miraculeuse de légendes briardes, Il disparut hélas un jour, victime de la bétise et de la cruauté des hommes...     


"Le jour venait de se lever; l'homme semblait glisser sur les chaumes comme un fondeur glisse sur ses skis à travers la prairie enneigée. 

Sa marche l'apparentait par son allure à ces silhouettes qu'on aperçoit dans quelque rêve, sillonnant les étendues glacées d'un Grand Nord mythique.

On était en Brie pourtant, en automne, et l'aube laissait déjà deviner la belle journée qui s'annonçait.

Il prit le chemin filant vers Pavant, se signa en passant au droit de la croix Saint-Hélène puis devint, au fil des minutes, un point bientôt invisible sur l'horizon.

Il était six heures trente, je me souviens qu'un vol d'oies sauvages s'élevant au-dessus de la Marne puis s'éloignant vers Charly attira mon regard et me fit perdre la trace de ce point sur l'horizon, désormais imperceptible.

Je pris soudain conscience de l'irréversibilité de ce départ et pleurai, longuement, assis sous l'un des arbres de la cerisaie : Léonce, le garçon de ferme, était parti, emportant avec lui ses récits fabuleux, que je n'entendrais plus, désormais.

Je l'avais suivi sans qu'il s'en aperçoive et jamais, non jamais, ne m'a depuis quittée cette image d'homme glissant sur les chaumes comme un serpent sur la pierre chaude, partant à la rencontre du soleil lentement hissé au-dessus des collines, en une démarche chaloupée qui avait tant été raillée, objet de moqueries enfantines, dans le village.

Le garçon de ferme avait une malformation de la hanche qui l'avait à jamais condamné à ce mouvement de balance perpétuel du corps qui l'avait fait surnommer "la pendule" par les enfants du village.

"La pendule" avait été le raconteur d'histoires le plus épatant qu'ait pu connaître, de mémoire d'homme, notre village de Villiers-sur-Marne (Tel était à l'époque son nom, devenu désormais Villiers-Saint-Denis), jamais en panne de légendes et de récits fantastiques, qu'il contait de sa voix inimitable, à la fois aiguë et rauque.

Elle s'entendait distinctement, surmontant le crépitement du feu dans l'âtre, le soir, à la veillée.

Longtemps après son départ, les histoires de Léonce continuèrent à trotter dans les esprits, à circuler de bouche en bouche.

S'il était un jour revenu au village, sans doute ne les aurait-il pas reconnu, celles-ci ayant pris, au fil des années qui ont suivi son départ, de nouvelle dimensions, comme si le village tout entier avait cherché à s'approprier ces corps étrangers  qu'étaient les histoires extraordinaires d'un garçon de ferme venu de loin, là-bas, de ce Provinois qui, alors, pour nous, à Villiers, était un bout du monde..."


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Villiers-Saint-Denis (VSD) : trois lettres en vert et or

Il y a des VSD en Scandinavie (une importante société norvégienne de consulting en logistique : http://www.vsd.no).

Il y a aussi, bien sûr, VSD, le journal (http://www.vsd.fr): titre de presse bien connu, qu'on lit aussi à VSD : comprenez Villiers-Saint-Denis !

Mais il y a d'abord pour nous " VSD, le village ", notre village de  Brie champenoise, dont l'église du XIIème siècle rappelle, avec son clocher incliné, l'Histoire médiévale de son peuplement.

Depuis 1970, Villiers-sur-Marne, dans l'Aisne, est devenue..."VSD", Villiers-Saint-Denis, pour se distinguer de son homonyme du Val-de-Marne mais aussi pour faire référence à l'invocation très ancienne à Saint Denis dont une statue du XVIème siècle est à découvrir dans l'église.

VSD : trois lettres en vert et or : vert comme ses vignobles en été, or comme ses blés mûrs à l'heure de la moisson.

Villiers-Saint-Denis, VSD, le village en direct, c'est ici...
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